--Je ne répondrai pas à ta première question, mon cher enfant, dit M. la Place en souriant, parce que tu es trop jeune pour comprendre et apprécier les motifs qui ont engagé mon frère à s'expatrier avec sa famille.

«Quant à ta seconde question, c'est tout différent, et je te donnerai à ce sujet toutes les explications que tu voudras. Ton oncle a acheté dans une des provinces les plus occidentales des États-Unis, dans le Michigan, des terres qu'il se propose de défricher et de mettre en culture; ce sont des prairies et des forêts. D'après les détails contenus dans sa dernière lettre, l'immense domaine dont il a pris possession est situé sur les bords d'une grande rivière nommée la Saginaw. Son proche voisin est un Français qui s'est établi dans le pays depuis une dizaine d'années et qui lui a promis de l'aider de son expérience et de ses conseils; mais l'habitation de ce voisin est à environ quinze kilomètres du lieu où ton oncle a résolu d'élever sa demeure.

--Et il appelle ce monsieur-là un voisin, dit Henri: un homme qui habite si loin de chez lui! Ce pays-là est donc presque désert?

--Sa population s'accroît tous les jours avec rapidité; mais elle s'éparpille sur une si vaste étendue de terrain, que les établissements agricoles, les fermes, si tu comprends mieux, sont encore très clair-semées.

--Il n'y a donc pas dans le Michigan des villes et des villages comme en France?

--Il n'y a qu'une ville qui mérite réellement ce nom, c'est le Détroit. Ce n'était qu'une simple bourgade il y a vingt ans; mais aujourd'hui c'est une cité florissante. Outre le Détroit, qui est la capitale de la province, on trouve dans sa partie méridionale un certain nombre de villages et de bourgades dont le nombre augmente tous les ans. Un chemin de fer partant du Détroit et destiné à relier le lac Érié au lac Michigan est en voie de construction: quand il sera livré à la circulation, ce chemin de fer donnera une grande importance au Détroit, qui deviendra peut-être une des premières villes des États-Unis.

--Père, dit à son tour Hélène, je croyais que les États-Unis d'Amérique étaient un pays comme la France et l'Angleterre. Je me figurais que New-York, Philadelphie, la Nouvelle-Orléans étaient de grandes villes aussi belles que Rouen et Bordeaux, et que les campagnes étaient aussi bien peuplées que les environs du Havre. J'ai souvent entendu parler de la richesse, de la prospérité et du commerce des États-Unis, dont les navires remplissent les bassins du port: comment un tel pays peut-il être à peu près désert? Je n'y comprends plus rien.

--Parce que tu ne te donnes pas la peine de réfléchir, ma chère Hélène, et je vais te le prouver. Est-ce que le vaste territoire de la république des États-Unis n'embrasse pas la plus grande partie de l'Amérique du Nord?

--Sans doute, puisque aujourd'hui, depuis que la Californie est entrée dans la Confédération des États-Unis, leur territoire s'étend depuis le golfe du Mexique jusqu'au Canada, situé tout à fait au nord, et qui est une colonie anglaise.

--Et à l'ouest, quelles sont les frontières des États-Unis?