Dans cette direction, on distinguait, à plusieurs milles de distance, une horde d'individus qui couraient vers le navire.
—Ce sont les sauvages! lit Jean, en portant un sifflet à ses lèvres.
A son appel, les matelots restés dans le vaisseau arrivèrent précipitamment. Maître Jacques les suivit de près.
—Regardez! lui dit Morbihan.
Le capitaine avait la vue excellente. Il distinguait les objets A des distances prodigieuses. Ayant porté ses yeux à l'horizon, il s'écria:
—Par ma Catherine! ce sont les sauvages! Les coquins sont nombreux et s'avancent de notre coté. Mais voici qui est étrange, bien étrange! On dirait qu'ils pourchassent l'un des leurs qui les précède d'une, centaine de pas, autant que je puis juger... Oui, c'est cela... Le poursuivi file à toutes jambes... Il porte quelque chose dans ses bras... Les autres lui décochent des flèches. Ah! le malheureux trébuche; il tombe... Ses persécuteurs vont l'atteindre... Non; le voici qui se relève... Bravo! courage! volons à son aide!...
En prononçant ces mots, maître, Jacques se jetait en bas du monticule et s'élançait, accompagné de ses matelots, au secours du misérable, dont il venait, en quelques mots, de peindre la périlleuse situation.
Bientôt, on le put voir parfaitement, et l'on put entendre les infernales vociférations de ceux qui lui donnaient la chasse.
—Arrêtons-nous et préparez vos arquebuses, ordonna maître Jacques. Mais visez juste et de façon à ne pas toucher ce pauvre hère.
Quoique les sauvages fussent encore éloignés de plus d'un mille, cinq minutes après, ils arrivèrent à portée des armes à feu.