—Bah! laissons cela, mon vieil ami... Je t'ai mandé pour que tu ailles, avec quelques hommes de corvée, faire du bois et battre les environs... Je crains que ces sauvages, qui ont enlevé deux des nôtres, ne renouvellent leurs agressions...

—C'est entendu maître. Je partirai tout de suite.

—Surtout armez-vous bien, car ces bandits sont vigoureux et très-adroits. De la prudence, Jean, de la prudence. Si nous perdions encore quelqu'un, la panique se glisserait dans l'équipage... Tu me comprends?

—Vous pouvez être tranquille, capitaine, vos recommandations seront suivies, comme si elles venaient du bon Gieu, répondit le matelot en sortant de la cabine.

Il communiqua les ordres qu'il avait reçus, et aussitôt dix de ses compagnons s'offrirent à l'envi pour les exécuter.

S'étant armés de longues piques à glace, d'arquebuses et de haches d'abordage, nos hommes montèrent par l'échelle de la construction en planches qui recouvrait le pont du navire, et qu'on avait élevée autant pour abriter l'intérieur contre les rigueurs du climat que pour renfermer des approvisionnements.

Chef de timonerie à bord de la Catherine, Jean Morbihan occupait le premier rang, après maître Jacques. Il distribua un verre d'eau-de-vie et quelques vivres à ses hommes; puis tous quittèrent le vaisseau pour commencer leur expédition.

En dépit du froid, ils s'étaient mis gaiement en route, quand le premier qui parvint au faîte du môle de glace dont le bâtiment était fortifié, poussa un cri d'émoi.

—Qu'y a-t-il? interrogea Jean Morbihan, pressant le pas.

Pour toute réponse, l'autre étendit son bras vers le sud.