—N'est-ce pas qu'elle est charmante? dit maître Jacques, en souriant de l'enthousiasme du vieux marin.
—Charmante comme notre goëlette, dont dame Catherine a été la marraine! si charmante, s'écria celui-ci, qu'à votre place, je ne l'aurais pas quittée pour venir pécher la molue? N'êtes-vous pas assez riche?
—Tu aurais donc renoncé à la mer, hein! si j'étais resté à Saint-Malo, toi qui m'as élevé et enseigné l'art de piloter un navire?
—Min Gieu! maître, ç'aurait été dur d'abandonner le métier où je suis né; mais, voyez-vous, pour demeurer avec vous et la patronne, qu'est-ce que je ne ferais pas?... Da oui!
—Tu es un brave, Jean, donne-moi la main, dit le jeune homme, qui pressa chaleureusement dans les siens les doigts calleux du matelot..
Puis il ajouta:
—Allons, de la patience! dans trois mois, nous reprendrons la route de Saint-Malo. Au surplus, je n'aurai pas perdu mon temps, ici. J'ai exploré la côte septentrionale de cette terre à peu près inconnue, et découvert plusieurs îles qui pourront être un jour très-productives... Bien! Que le roi de France, mon maître, m'accorde l'autorisation de reconnaître tout le pays, et, sous peu, nous n'aurons plus rien à envier à la gloire de ce Génois, ce Colomb dont le nom m'importune autant qu'il m'enivre!
—Ah! min Gieu! vous avez encore des projets de voyage! vous voulez encore délaisser...
—Catherine!... j'aurais tort! n'est-ce pas? Oublions mes présomptueux desseins... Cette expédition sera ma dernière... Pourtant je touche à peine à ma vingt-septième année!
—Da oui, vous êtes venu au monde le jour de la Saint-Sylvestre, le 31 décembre 1494; je m'en souviens comme d'hier, et que votre père, maître Jamet...