Le vendredi, entre l'office du matin et celui du soir, Constance proposa à dame Catherine de visiter les prisonniers. C'était l'intention de celle-ci. Après avoir porté leurs consolations dans plusieurs cachots, Constance, bravement, demanda au gardien ce qu'était devenu le malheureux qui avait tenté de s'évader.
—Ah! dit le porte-clefs, ce brigand, qui a failli me faire perdre ma place! Il est au secret, là-haut!—et l'homme indiqua d'un geste le sombre donjon;—oui, au secret, par ordre de M. Jehan le Juiff, lieutenant du connétable. Oh! son affaire est claire! Pendu haut et court. Ce n'est pas moi qui le plaindrai!...
Constance sut dissimuler. Elle dissimula pendant les cinquante jours qui séparent Pâques de la Pentecôte.
Ce dimanche-là, le 10 de mai, elle communia avec toute la famille de Cartier et les équipages de celui-ci, qui appareillait et devait lever l'ancre dès que le vent serait favorable. L'imposante cérémonie avait été célébrée, dans la cathédrale de la ville, par le «révérend père en Dieu, M. de Saint-Malo (François Bohier), lequel, dit la Relation de maître Jacques, nous donna, en son état épiscopal, sa bénédiction, au choeur de ladite église.»
Depuis le Vendredi-Saint, Constance n'avait fait aucune demande pour revisiter les prisonniers. Elle savait que Jacques Cartier en emmenait une vingtaine avec lui. Mais elle se croyait certaine que Georges ne figurait pas sur la liste; car, cédant à ses instances, Étienne lui avait montré le rôle d'équipage; et les vingt individus désignés pour la transportation étaient des voleurs au petit-pied, récemment arrêtés, dont pas un n'avait même le prénom de Georges.
Elle n'avait pu communiquer d'aucune manière avec lui. Mais Lucas s'était adroitement lié avec le fils d'un des gardiens du château. Il le faisait causer; et, l'enfant répétant ce qu'il entendait dire chez ses parente, Constance avait appris que la santé de Georges était assez bonne.
Dernièrement, la discipline s'était relâchée à son égard. On lui permettait de se promener, une heure on deux, dans une vaste salle, au-dessous de son cachot.
Constance comptait sur la solennité de la Pentecôte pour essayer de le voir. Son espoir, cette fois, ne fut pas déçu.
Après vêpres, elle se rendit au Château avec Catherine et Manon qui portait un panier de provisions pour les détenus. Ce panier fut l'objet d'un examen sévère. On n'y découvrit rien de suspect.
—Voulez-vous grimper au Grand Donjon, mesdames demanda le geôlier, après les avoir conduites dans les chambres inférieures.