Note 47: [(retour) ]

M. Charton, dans ses Voyageurs anciens et modernes, et M. d'Avezac, dans son Introduction au Deuxième Voyage de Cartier (édition Tross), annoncent, d'après, disent-ils, une note de la Société historique de Québec, que cet endroit est le Richelieu. Je crois qu'il y a erreur, à moins que le nom de Richelieu n'ait été transféré d'une autre rivière à celle qui tombe dans le Saint-Laurent, au-dessus du lac Saint-Pierre. Pour moi, j'incline à penser que ce détroit, dont parle Cartier, est la pointe de Batiscan.

Note 48: [(retour) ]

Le lac Saint-Pierre. Cartier en a donné les dimensions réelles.

Cartier jeta l'ancre et chercha un passage avec ses barques. Il trouva des sauvages qui chassaient dans les Iles. La vue des Européens, loin de les effaroucher, les attira. Ils se montrèrent bienveillants, donnèrent au capitaine des rats, «gros comme lapins, et bons à merveille;» et celui-ci leur offrit des couteaux et patenôtres, en récompense.

Partout, cela est digne de remarque, les étrangers furent reçus cordialement. Grave sujet de réflexion pour l'observateur! Si, bientôt, on ne les eût odieusement persécutés, les aborigènes de l'Amérique seraient-ils devenus aussi cruels qu'ils le sont aujourd'hui? Ne m'objectez pas l'atrocité de leurs guerres, la barbarie avec laquelle ils traitaient les prisonniers, dès cette époque. Nous-mêmes, alors, n'étions guère plus humains. Sans parler de l'inquisition, le système de torture usité dans l'ancien monde envers les accusés l'emportait de beaucoup en raffinement sur celui des sauvages. Le scalpage des captifs même ne leur était pas propre. Trop aisément l'on peut prouver que nos ancêtres l'ont pratiqué.

Cartier, cependant, fit presque toujours preuve de modération et de justice dans ses rapports avec les naturels. Aussi eut-il peu à se plaindre d'eux. Ceux du lac où il avait mouillé lui indiquèrent le chemin d'Hochelaga, en lui disant qu'il «y avait encore trois journées à y aller.»

Comme les eaux étaient peu profondes et «qu'il n'estoit possible pour lors passer ledict gallyon,» on arma les barques et Cartier poursuivit sa route avec Claude de Pontbriand, Charles de la Pommeraye, Jean Guyon, Jean Poullet, Marc Jalobert, Étienne Noël, Guillaume Le Breton et vingt-huit mariniers.

Ils naviguèrent de «temps à gré.» Mais leur navigation fut longue, car nos aventuriers n'atteignirent le territoire d'Hochelaga que le samedi soir 2 octobre, treize jours après avoir quitté le havre de Sainte-Croix. La traversée n'est que de soixante lieues seulement. On la fait aujourd'hui en douze heures. Que les temps sont changés!

Une foule considérable de sauvages, dans leur costume de grande cérémonie, attendait sur le rivage.

«Ils nous feirent, dit Jacques Cartier, aussy bon accueil que jamais père feist à enfant, menant joye merveilleuse.»

Hommes, femmes, enfants, tous dansaient et chantaient à l'envi. Le premier, Étienne Noël sauta à terre, pour se justifier des reproches que son oncle lui adressait parfois à cause de sa mélancolie habituelle. Mais c'est que le pauvre garçon trouvait le voyage long, terriblement long, et que sa pensée vagabonde bien souvent le ramenait à Saint-Malo, près de la fière et fantasque Constance. Et alors les rêves, les espérances, les craintes, les soupirs!