—Ah! mon ami, c'est qu'il m'est si dur de ne savoir ce qu'elle est devenue, si son corps repose en terre sainte!

—Pourquoi ne pas supposer qu'elle vit encore?

—Vivre encore! Il y aura quatre ans à l'Assomption prochaine qu'elle a disparu! Et nous n'aurions pas eu de ses nouvelles... Non, non... Le désespoir, je ne le crains que trop, l'a égarée... La malheureuse aura attenté à ses jours!

—Oh! fit Cartier avec un geste de dénégation.

—Vous ne la connaissiez pas, mon ami, reprit vivement Catherine. Occupé de vos vastes entreprises, vous ne cherchiez pas à lire dans ses sentiments. Constance était très-exaltée. L'enlèvement de cet homme lui a porté un coup funeste. Quand elle découvrit qu'il était parti avec les autres prisonniers, elle eut une crise terrible. C'est alors que j'appris tout. Manon, interrogée, acheva, en pleurant, de me mettre dans la confidence de cette horrible passion. Je l'avais peut-être soupçonnée, mais je suis si faible! Et puis j'idolâtrais cette enfant... Ah! c'est un châtiment du ciel! il est équitable...

Dame Catherine éclata en sanglots.

—Mon Dieu, cesse de t'affliger! dit Cartier, très-agité; aie du courage! Il te reste cette petite fille que j'ai ramenée et dont tu es la marraine...

—Hélas! elle est maladive, elle périra de langueur, comme sont morts les autres sauvages, après que vous les eûtes fait baptiser le 25 mars de l'an dernier...

—Malgré tout, reprit Cartier d'un ton ferme, moi j'ai la conviction que Constance respire!

—Le Seigneur vous entende!