—Ouais! interjeta Morbihan, avec un geste narquois.
—Pas jolies, hein?
—Rouges comme le cuivre des chaudrons à Clovis! puis peinturées de la tête aux pieds comme un bateau de plaisance.
—Ah! reprit Lorimy, père Jean, vous devriez bien nous conter votre voyage.
—Si ça peut vous être agréable!
—Nous être agréable! dit l'hôtelier; allez-y, et je paie une bouteille de vin de derrière les fagots.
A cette offre, les yeux du vieux Morbihan rayonnèrent.
—Accepté, dit-il en vidant son pichet.
Divers consommateurs étaient arrivés dans la salle. Ils se groupèrent à la table du vieux timonier. Clovis alluma quelques chandelles de suif, baveuses, fichées dans des chandeliers, de fil de fer, en forme de tire-bouchon. Deux bouteilles tapissées de toiles d'araignée et cachetées de cire verte furent posées devant Morbihan, qui se mit à passer sa langue sur ses lèvres, tandis qu'on les débouchait.
C'était un homme d'une soixantaine d'années, dont le visage, aussi battu par la tempête que le cap du Talut, où il était né, dans l'évêché de Vannes, avait bruni et s'était parcheminé à l'influence du hâle et des émanations salines, comme celui d'une momie. Grand, mince, osseux, les fatigues de la mer ni l'âge n'avaient encore eu de prise sur lui. Il se tenait droit comme un mât, conservait une longue et abondante chevelure, à peine grisonnante, dont les mèches flottaient sur ses épaules et vergettaient ses joues tannées.