—Da oui! appuya le vieux Jean.
«De façon, continua-t-il, que, ne pouvant débarquer là, nous entrâmes dans un port voisin, que maître Jacques nomma Sainte-Catherine, en l'honneur de la sainte patronne de son épouse.
«Dans ce port, nous appareillâmes nos barques, et, au bout de dix jours, fîmes voile, ayant vent d'ouest et tirant au nord, vers une île, tellement couverte d'oiseaux, gros comme des poulets, qu'on aurait dit qu'ils y étaient semés. Min Gieu! il y en avait, il y en avait et il y en avait encore! En moins de demi-heure, nos barques en furent chargées comme l'on aurait pu faire de galets.»
—Ces oiseaux sont bons à manger? interrogea l'hôtelier?
—Si bons que, en chaque navire, nous en fîmes saler quatre ou cinq tonneaux, sans compter ceux que nous mangeâmes frais; da oui!.
—Quelle aubaine!
—«Eh! eh! tout n'est pas rose. Dans cette île, il y a des ours grands comme la vache au compère Clovis et blancs comme cygnes. Ils viennent s'y repaître des oiseaux. Et le lendemain de Pâques, qui était en mai, nous en prîmes un, mais non sans peine et sans courir risque d'en être dévorés. Ce fut nous qui le dévorâmes. Sa chair était aussi délicate que celle d'un bouveau. Qui se serait imaginé ça?
«Montant toujours vers le nord, nous rencontrâmes un golfe, dont les côtes escarpées figuraient des fortifications. On l'appela golfe des Châteaux [17]. Les glaces nous retinrent quelque temps dans ces parages, puis nous nous élevâmes dans le golfe, très-resserré, et reconnûmes plusieurs ports et îlots, inclinant ensuite à l'ouest, nous doublâmes un si grand nombre d'îles qu'il est impossible de les compter.»
Note 17: [(retour) ]
Aujourd'hui le détroit, de Belle-Isle, qui sépare le Labrador de Terreneuve.
—Étaient-elles habitées? demanda un auditeur.