—Cela fait, continua Georges en souriant agréablement, je rentre ici et mets le feu à certaine mèche, communiquant avec les poudres renfermées au rez-de-chaussée de l'hôtel...
—O grand homme! je te comprends! s'écria Eric, enthousiasmé. Tes convives sautent avec la maison, et demain l'on croira...
—Qu'infortuné, j'ai péri avec eux! On m'élèvera un tombeau avec une émouvante inscription pour rappeler le malheur qui atteignit, à la fleur de l'âge, un homme si bon, si généreux, si estimable, si...
La suite de cette phrase se perdit dans un désopilant éclat de rire.
Après une courte pause, Georges reprit:
—Mais nous n'avons pas de temps à perdre. A l'oeuvre! Où sont les hommes? La mer est étale. Il faut en profiter pour sortir le vaisseau du port.
—Les hommes sont en bas. Ils attendent tes ordres. Comment ferons-nous l'attaque?
—Rien de plus simple, répondit Georges. Le navire est amarré au rivage, m'as-tu dit?
—Oui, dans l'anse, derrière le môle, près du Chenil.
—Parfaitement. Tu sors d'ici avec les hommes par le souterrain. Vous montez dans une barque, et vous vous dirigez sans bruit et tout doucement vers le brig. Moi, j'y vais à pied, en suivant la grève. Les chiens me connaissent. Ils ne bougeront pas. Je m'approche du vaisseau. Mon costume de garde du port éloigne les soupçons. J'engage la conversation avec le marinier de faction, sur le tillac. Je lui propose une goutte de vin-de-feu. Il accepte. Pour lui donner à boire, je passe sur le pont du navire. Là, ce joujou,—et Georges exhiba un stylet caché sous son pourpoint,—signe à la sentinelle une commission pour l'éternité. Aussitôt vous accourez. Nous clouons les écoutilles. L'équipage est prisonnier. On largue les amarres, et...