«Dans les derniers siècles, trente boisseaux de blé étaient affectés par le Chapitre pour leur nourriture annuelle; les deniers de la communauté, les débris de la boucherie et quelques autres curées fournissaient le reste. C'est cet usage local qui a donné naissance à la chanson de M. Dumolet. Un accident, arrivé le 7 mai 1770, à un jeune officier de marine, qui périt dévoré par ces animaux, décida les juges baillifs, chargés de la police du port, à s'en défaire. Tous ces chiens furent immédiatement empoisonnés [24].»
Note 24: [(retour) ]
Histoire de la Petite-Bretagne, p. 50.
Les terribles molosses vaguaient sur la grève, quand Georges de Maisonneuve dépassa leur chenil.
Ils se précipitèrent en grondant à sa rencontre. Mais leurs grondements n'avaient rien d'hostile. C'était bien plutôt une démonstration amicale. Plusieurs mois auparavant, le jeune homme avait entrepris de les dompter. Il y était parvenu, au moyen de distributions de viande, de caresses, adroitement faites, et d'une fascination particulière qu'il exerçait sur les bêtes aussi bien que sur les gens.
Les chiens l'entourèrent, en bondissant de joie, en agitant la queue. Il les écarta doucement et descendit derrière le petit môle, «proche la Grand'Porte,» vers l'anse où le navire de maître Jacques Cartier était à l'ancre.
Tout se passa d'abord au gré de Georges. Il lia conversation avec l'homme de quart aux bossoirs; se plaignit de la froide bruine qui tombait et offrit de la combattre par un coup de vin-de-feu.
—Mordienne, ça ne ferait pas de mal, dit le marinier; par malheur, je n'en ai pas.
—Mais moi, j'en ai, camarade; un bon matelot ne s'embarque jamais sans biscuit, dit le faux garde. Voulez-vous que je vous jette ma gourde?
—Elle pourrait tomber à la mer. Sautez plutôt sur le pont.
Georges ne se le fit pas répéter.