Néanmoins, madame de Grandfroy tira les rideaux des fenêtres et alla s'assurer que la porte était verrouillée.

Puis, elle s'approcha d'une lampe, et, tremblante, elle lut le billet.

Il était conçu en ces termes:

«Je suis ici; j'attends dans le parc depuis la chute du jour; j'attendrai toute la nuit, s'il est nécessaire; je veux vous voir, vous parler… Un signe, j'escalade le balcon, je suis près de vous; un refus, demain, vous apprendrez ma mort.»

—Maurice ici! Maurice de retour! dit Clotilde en joignant ses mains avec autant de joie que d'effroi, après avoir lancé le papier au feu. Que vais-je faire? Je ne puis le recevoir! Si on venait… si on le surprenait dans ma chambre… Mais le laisser dans le parc… par cette température glaciale… Et ce suicide… ce suicide dont il parle… Oh! non, non, non… Mais je ne suis plus libre… je ne puis plus disposer de mes actions… je suis mariée! Mariée!… le déshonneur!…. N'importe! Maurice est honnête… Je le reverrai cette fois… rien que cette fois… une heure… pas davantage… et nous nous quitterons… pour toujours…

Madame de Grandfroy avait déjà la main sur l'espagnolette de la fenêtre, elle l'ouvrit en frémissant.

Un jeune homme, enveloppé dans un manteau couvert de neige, tomba à ses pieds.

—Clotilde! s'écria-t-il en lui embrassant les genoux.

—Maurice! balbutia-t-elle.

—Ah! continua le jeune homme, je paierais volontiers de mes jours ce moment d'ivresse. Un baiser, ma Clotilde! un baiser! Oh! donne-le moi! que je respire le parfum de tes lèvres…