—Maurice, dit la jeune femme haletante, relevez-vous, de grâce! j'ai été folle de vous ouvrir… Ne me faites pas regretter ma faiblesse… Mais comme il a froid, mon Dieu!… Il grelotte… Quelle imprudence aussi… Venir par cette nuit d'hiver… Voyons, mon bon Maurice, laissez-moi fermer la fenêtre et asseyez-vous…
—Quoi! pas un baiser auparavant! dit-il en l'inondant de ses regards magnétiques. Vaincue, subjuguée, elle s'inclina languissamment et lui effleura le front.
La croisée fut refermée; et le jeune homme, entraînant madame de
Grandfroy à une causeuse, se coucha devant elle.
—Vous me pardonnez donc, lui dit Clotilde d'un ton bas en enroulant son bras au cou de Maurice, dont le manteau dégrafé avait coulé de ses épaules, et qui apparaissait maintenant en uniforme de lieutenant de marine.
—Si je vous pardonne! si je te pardonne! dit-il avec des inflexions caressantes, en renversant sa tête sur les genoux de sa maîtresse et lui jetant aussi les bras autour du col dont il abaissa doucement la tête vers la sienne; si je te pardonne! Eh! ne sais-je pas ta vie, ma pauvre Clotilde? N'ai-je point appris qu'après t'avoir martyrisée on s'était joué de toi! qu'on avait fait courir le bruit que j'étais mort, pour te forcer à épouser ce…
—Maurice, ne prononcez pas son nom, je vous en conjure!
—Oui, j'ai appris tout cela, poursuivit le jeune homme. Il était trop tard… tu étais mariée… J'ai souffert!… Mais à quoi bon parler des souffrances passées, quand la félicité me verse sa coupe d'ambroisie… Oh! qu'ils sont boas, qu'ils sont suaves, tes baisers! Encore, ma bien-aimée, encore…
—Non, assez… assez… Maurice… épargnez-moi… Si vous m'aimez, respectez-moi!
—Vous épargner! C'est vrai! dit le jeune homme en changeant de ton et devenant brusque, c'est vrai, vous avez un mari!
—Maurice! Maurice! Oh! ne me dites pas cela! ne me rudoyez pas ainsi; je ne le mérite pas. Je n'ai pas cessé de vous aimer, pas cessé de vous être fidèle.