—Ah! nous sommes perdues! nous sommes perdues! madame, madame, nous sommes perdues! clamait Catherine en sanglotant sur le canapé.
—Taisez-vous! vous m'impatientez avec vos pleurnicheries! répondit durement Harriet.
—Nous sommes perdues! ils nous assassineront, continua la femme de chambre, trop absorbée par ses terreurs pour entendre les ordres de sa maîtresse.
Harriet ne pouvait s'imaginer qu'on l'avait enlevée. Elle cherchait, dans son esprit, mille raisons pour se convaincre que tout cela n'était qu'un badinage, qui se terminerait par quelque merveilleux festival, à bord de l'Invincible. Cependant, elle se promettait bien de faire punir sévèrement cet enseigne mal appris, qui s'était comporté d'une façon si grossière avec elle.
La cabine où on les avait emprisonnées était fort exiguë, mais richement meublée et lambrissée en bois de santal.
Elle recevait le jour par le plafond, de sorte qu'il était impossible de voir ce qui se passait autour du cutter.
A huit heures, on servit aux deux femmes un excellent déjeuner qui eut l'avantage de rassurer Kate, et d'entretenir les douces illusions de madame Stevenson.
—Cela ne fait rien, dit-elle, en trempant une mouillette dans un oeuf à la coque, la farce a été poussée trop loin. Les originalités de sir Henry manquent parfois de décence.
—Après tout, si ce sont les Requins de l'Atlantique, ils ne sont pas si méchants pour des requins, dit la femme de chambre. Cet enseigne qui vous parlait, madame, il a l'air très-bien.
—Les Requins de l'Atlantique! repartit Harriet en haussant les épaules; vous êtes une sotte!