En dépit de son horreur pour les forbans, elle ne pouvait s'empêcher d'admirer l'ordre qui régnait parmi eux. Jamais une rixe, jamais une querelle. Chose inouïe! on n'entendait ni ces jurons, ni ces blasphèmes qui fatiguent, jour et nuit, les échos des navires ordinaires.
Quand ils n'étaient pas de service, les hommes causaient, contaient des histoires, ou réparaient leur uniforme.
Les jeux de hasard étaient strictement prohibés.
Une discipline draconienne soumettait à la Volonté du commandant, tout l'équipage, depuis le plus petit mousse, jusqu'à ses lieutenants.
Il en était de même à bord du Caïman, qui voyageait de conserve avec le Requin se tenant souvent à quelques brasses dans l'ouaiche du second, et recevait de fréquentes visites du capitaine.
Le cutter Wish-on-Wish suivait le Requin à la remorque.
Durant les huit premiers jours qu'elle passa sur ce dernier, les pirates firent diverses prises.
Quand ils s'étaient emparé d'un navire, tous ceux qui le montaient étaient impitoyablement jetés à la mer, s'ils avaient fait l'ombre d'une résistance. Se rendaient-ils complaisamment, on les entassait dans les chaloupes de leur bâtiment et on les abandonnait aux caprices des flots.
Le butin était divisé en deux parts égales.
L'une appartenait, tout entière, au capitaine. Elle servait à l'entretien de ses vaisseaux; l'autre était tirée au sort, par lots, sans distinction d'âge ni de grade.