Un mousse ou un simple calfat pouvait ainsi gagner un lot aussi précieux qu'un lieutenant.
La nourriture était la même pour tous.
Les officiers n'avaient d'autre avantage qu'un service moins pénible, et l'exercice d'une portion du commandement, plus ou moins grande, suivant leur rang.
Le respect de tous pour leur capitaine allait jusqu'à l'adoration. Celui-ci, du reste, était un marin consommé, qui lisait dans le ciel comme dans un livre, et ne se laissait jamais surprendre par un grain. Quand il était à bord, il ne confiait à personne autre que lui le gouvernement du navire. Il veillait à tout, devinait tout, pourvoyait à tout.
Nets et précis, ses ordres étaient, exécutés avec une rapidité qui tenait du prodige. Personne de son équipage ne l'avait vu démasqué. Ses deux seconds, et le capitaine du Caïman seuls étaient en rapports directs avec lui; dans son intimité il n'admettait que Samson, surnommé par les matelots le Balafré, et le docteur Guérin.
Seuls aussi, ils pouvaient pénétrer dans son appartement, situé à la poupe, entre les deux batteries, et dont le salon et les deux cabines, occupés par madame Stevenson, formaient habituellement une partie.
Parmi tant d'étrangetés, il en était une que la jeune femme ne s'expliquait pas. Acharnés à la destruction des navires anglais, les Requins de l'Atlantique, loin d'insulter les bâtiments français, leur portaient fréquemment aide et secours.
Quoique les Français fussent alors en guerre avec la Grande-Bretagne, ce fait n'expliquait pas complètement la rage des pirates contre les Anglais. Ils les tuaient, les massacraient, les torturaient à plaisir.
Harriet en demanda un matin la cause au docteur Vif-Argent.
Ils venaient de déjeuner et prenaient le café.