A cette question, le major sourit amèrement.
—Ce serait une longue histoire, madame, dit-il, et vous n'auriez pas la patience… mulier patientiae non propensa.
—Si vous me faites grâce de votre latin, je vous jure de vous écouter sans ouvrir la bouche, répondit-elle.
—Il ne m'est pas défendu de la conter…
—Commencez, alors, mon cher docteur. Cela m'aidera à couler le temps; mais pas de votre baragouinage latin, surtout!
—Eh bien, madame, je vais vous satisfaire.
«Vous savez, ou ne savez pas, que la plupart d'entre nous sont
Acadiens, descendants de braves Français, qui colonisèrent jadis la
Nouvelle-Écosse et les provinces limitrophes.»
—J'ignorais cela, dit Harriet en étouffant un léger bâillement.
Le major continua:
«Peuple simple et bon que ces Acadiens[4]; il n'aimait pas le sang, l'agriculture était son occupation. On l'avait établi dans des terres basses, et repoussant à force de digues la mer et les rivières dont ces plaines étaient couvertes. Ces marais desséchés donnaient du froment, du seigle, de l'orge, de l'avoine et du maïs. On y voyait encore une grande abondance de pommes de terre, dont l'usage était devenu commun.