[Note 8: Historique.]

—Oh! c'est affreux! interrompit madame Stevenson.

—«Le tableau est pâle, reprit le docteur. Si j'entrais dans les détails, si je vous montrais ces femmes outragées, ces enfants arrachés au sein de leurs mères et lancés, comme des volants à la pointe des baïonnettes, vous frémiriez d'horreur. Eh bien, madame, croyez-vous que les fils des malheureux qui furent si odieusement martyrisés, il n'y a guère qu'un demi-siècle, puissent voir un Anglais sans éprouver aussitôt le désir de se venger? Croyez-vous que quelques-uns ne songent pas jour et nuit à user de représailles? qu'il n'en est pas, qui ont pris en main la cause des assassinés, et qui, désespérant d'obtenir une réparation tardive, en s'adressant au tribunal des nations, au nom du droit des gens, se sont armés du glaive de la justice! Levez les yeux, madame, regardez les Requins de l'Atlantique! Ce sont les fils et les petits-fils des victimes du 5 septembre!»

En prononçant ces mots, le docteur Guérin s'était transfiguré! Il avait le verbe éloquent, le geste pathétique; ses difformités corporelles disparaissaient. Il enthousiasmait par la majestueuse beauté que donnent les émotions puissantes aux physionomies les plus ingrates.

—Votre capitaine est donc un Acadien? demanda madame Stevenson.

Il est douteux que le major eût répondu à cette question. Mais alors un bruit inusité se fit entendre sur le pont du navire; et le canon détonna successivement deux fois dans le lointain.

—Vivat! s'écria le major Vif-Argent, cela annonce un combat. Ne bougez pas, madame, je reviens dans une minute.

Il sortit et rentra bientôt.

—Il faut me suivre, dit-il brusquement aux deux femmes.

Et comme elles hésitaient: