Vers le milieu du mois de septembre 1811 cette population paraissait fort affairée.
Réunis dans le chantier de marine, hommes, femmes et enfants travaillaient aux réparations d'une frégate de guerre, fortement avariée. Le marteau, la hache résonnaient bruyamment; le goudron bouillait dans des chaudières énormes et saturait l'atmosphère de senteurs pénétrantes. Ceux-ci traînaient des pièces de bois; ceux-là chauffaient des ais au feu pour en faire des courbes; les uns préparaient des étoupes, les autres, montés sur des échafauds, calfeutraient les joints du navire: tous étaient occupés.
Mais nul chant, nulle exclamation joyeuse pour égayer leur tâche.
Une tristesse recueillie se peignait sur les visages. Plusieurs femmes portaient des vêtements de deuil.
Ces gens, c'étaient les Requins de l'Atlantique. Ils radoubaient leur principal vaisseau, qui avait été considérablement endommagé dans sa lutte avec la flottille royale.
L'autre, le Caïman, n'avait point souffert. Il était embossé, à dix-huit milles de là, dans la baie du Naufrage.
Le rivage était jonché de canons démontés, de mâts, vergues, espars, voiles, instruments de charpentier, cordier, forgeron, calfat.
Dépouilles de leurs sombres uniformes, les matelots avaient plutôt l'air de bons ouvriers, d'honnêtes pères de famille, que de pirates qui semaient la désolation partout où ils passaient. Leurs femmes étaient décemment vêtues. En général, elles paraissaient respectables. Quelques-unes avaient une beauté remarquable; mais la plupart avaient aussi les traits altérés par une empreinte de douleur profonde.
Le dernier combat leur avait coûté leur père, leur mari, leurs enfants, ou leurs alliés.
—Ah! oui que ça été chaud! disait le maître d'équipage transformé en scieur de long, et perché sur une longue poutre, dont il faisait du tavillon, aidé par un matelot.