Le lit était garni de rideaux en indienne, d'un bleu clair, comme ceux des croisées; une étoffe semblable recouvrait les sièges; mais pour commune qu'elle fut, elle n'en avait pas moins un air de gaieté tout réjouissant.
Bertrand remarqua avec étonnement que les meubles de la cabine qu'il occupait sur vaisseau-amiral, avaient été apportés dans cette pièce. Il y avait jusqu'à sa petite table et ses boîtes de mathématiques, et, dans une cage, deux oiseaux moqueurs, que le jeune homme aimait tellement, qu'il les avait pris avec lui en s'embarquant.
Ce spectacle fit naturellement retourner sa pensée vers le passé.
Il se rappela qu'il avait reçu l'ordre de rejoindre l'Invincible, où il servait comme enseigne; sa soeur, la bonne Emmeline, pleurait bien fort. Elle ne le voulait pas laisser partir. Mais il lui promit que ce serait sa dernière expédition, et, sur cette promesse elle donna, bien malgré elle toutefois, son consentement.
On avait aussitôt mis à la voile.
L'expédition avait pour but de purger le golfe Saint-Laurent des pirates qui l'infestaient.
La flottille royale se composait de trois navires, la frégate l'Invincible, et deux bricks, le Triton et l'Hercule.
Les pirates avaient été rejoints. Quels terribles hommes! Quel lugubre bâtiment que leur Requin!
Attaqués par les trois anglais, ils s'étaient battus avec une énergie sauvage, et avaient hardiment lancé sur le vaisseau-amiral leurs grappins d'abordage.
Débouchant d'une écoutille pour les repousser, Bertrand s'était trouvé tout à coup en présence d'un homme noir comme la nuit.