La voix du comte s'était attendrie. Son interlocuteur l'interrompit vivement.
—Je me suis si peu amolli, que j'ai décidé de reprendre la mer. Le métier de scribe ne me va pas. Maintenant j'ai tous les secrets du gouverneur-général; je sais à fond la politique anglaise. Assez du secrétariat! Je laisserai la plume pour le sabre. N'avez-vous pas objection à me charger encore du commandement du Caïman?
—Non, dit Lancelot, et je ferai mieux: je vous abandonnerai le commandement des deux navires.
—Oh! pour cela, non; je n'y consentirai point. Vous avez sur nos gens une autorité à laquelle je ne puis prétendre; vos talents, votre bravoure sont inappréciables. Les Requins de l'Atlantique ne reconnaissent et ne reconnaîtront jamais, tant que vous vivrez, d'autre maître que vous. Au reste, mon frère, en mourant, vous a délégué ses pouvoirs…
—Pauvre, pauvre Maurice! murmura Lancelot d'un ton mouillé.
—C'est donc convenu? reprit l'autre.
—Oui, dit le comte, il est convenu que vous serez chef des Requins.
—Mais vous?
—Moi, je me retire.
Il y eut un moment de silence.