—Vous vous retirez! répéta ensuite Charles.
—J'y suis déterminé.
—Quoi! le dégoût?
—Non, non, ce n'est pas le dégoût. Au contraire, elle me plaît, cette vie d'aventures. Mais… j'ai un motif… une raison majeure… Plus tard, je vous communiquerai… D'ailleurs, vous êtes décidé à vous allier aux Américains…
—Oui; et c'est pour cela, vous le savez, que j'ai travaillé durant deux mortelles années dans l'ombre, afin d'obtenir l'emploi de secrétaire intime du gouverneur. Maintenant j'ai entre les mains les rouages de la politique coloniale. J'espère qu'avec l'aide des Yankees, et le concours de la France, nous reprendrons aux Anglais toutes nos anciennes possessions transatlantiques. Que voulez-vous, nous avons été pendant deux siècles marins de père en fils; par conséquent les ennemis jurés de l'empire britannique; mais je conçois peu que vous qui, depuis vingt ans, partagez si noblement, si utilement nos travaux, nos haines et nos amitiés, vous si longtemps la compa…
—Assez, Charles! assez! ne rappelez point des souvenirs si chers et si douloureux.
—Mais pourquoi vouloir vous retirer à la veille d'une bataille décisive? Les cabinets de Washington et de Saint-James sont brouillés; la guerre éclate…
—Eh! que me fait la guerre! s'écria Lancelot avec impatience.
—Vous avez pourtant juré sur la tombe de mon frère, de ce frère dont vous portez le nom…
—Vous me faites souffrir, Charles! dit amèrement le comte.