—Vous faire souffrir, moi! oh! Dieu m'en préserve! répliqua-t-il avec chaleur.
Arthur lui tendit affectueusement la main.
—C'est résolu, dit-il; vous me succéderez au commandement des deux navires. Ne m'interrompez pas. Je le veux. Mais demeurez chez le gouverneur jusqu'à ce que je vous prévienne. Le cutter est en rade. Nous partirons ensemble dès que j'aurai terminé à Halifax…
—Mais n'allez pas à Halifax! s'écria le secrétaire.
—J'irai.
—Malheureux, vous y serez pris!
—Je ne crains rien.
—Vous ne savez donc pas que vous êtes à demi découvert!
—Vous plaisantez!
—Je plaisante, dites-vous. Il serait à souhaiter! Moi-même, on me soupçonne. Votre duel a fait sensation. Furieux d'avoir été blessé, ce misérable capitaine a répandu, sur votre compte, mille bruits absurdes. Il n'a trouvé que trop d'envieux et d'oisifs pour l'écouter. Votre départ subit, après le duel, a été diversement interprété. Le gouverneur lui-même s'en est ému. Il m'a mandé dans son cabinet, et m'a sérieusement questionné sur votre compte. J'ai répondu, comme toujours, que vous étiez fort riche, fantasque, passionné pour l'imprévu. Peu satisfait de cette réponse, il parlait de faire fouiller la maison de la rue de la Douane; car on répétait, à qui voulait l'entendre, que vous étiez un espion du gouvernement américain. Mais, par bonheur, je me rappelais la disparition subite de la femme du vice-amiral. Supposant que c'était vous qui l'aviez enlevée…