Le mourant continua au milieu d'un silence sépulcral, troublé seulement par les sanglots que sa femme tâchait vainement de retenir.
—Le navire fut attaqué par des pirates… ceux qu'on appelle les Requins de l'Atlantique… qui m'ont volé mon Bertrand… Ils massacrèrent tout à bord… tout, à l'exception… de ma femme et moi, cachés avec ces enfants… dans une barrique… Leur père… combattait… Nous fûmes recueillis… le lendemain, par un bâtiment… Il allait à… Halifax… Lancelot… protégez-la… soyez… un bon… Oui… elle vous aime… Emmeline… Ma femme… Ah!…
Un son inarticulé s'échappa de son gosier; une convulsion agita son corps, des gouttelettes de sueur parurent sur son visage; il se dressa tout à coup, comme par une impulsion électrique, sur son séant, et il retomba lourdement.
M. du Sault avait cessé de vivre!
Le comte Lancelot se trouva mal. On attribua sa défaillance à la douleur que lui causait la perte du père de celle que l'on regardait comme sa fiancée.
III
LES FIANCÉS
Le capitaine des Requins de l'Atlantique s'était promis de repartir le lendemain ou le surlendemain, au plus tard, pour Anticosti.
Quinze jours après, il était encore à Halifax.
Nous le trouverons dans son cabinet de travail où il a fait dresser un lit.