—Maintenant, Nicolas, lui dit le comte, place dans toutes les chambres, sauf celle où je serai, un des barils d'essence et de vitriol qui sont dans la cave, et va prévenir le secrétaire du gouverneur qu'il faut se rendre au quai du Roi, à l'instant.—La chaloupe y est-elle?

—Oui, capitaine; elle y est chaque nuit depuis votre arrivée.

—C'est bien. Va! tu me rejoindras au quai.

Le comte Arthur Lancelot rentra dans sa chambre à coucher; l'embrassa d'un regard douloureux, mais sec, brûlant.

Il ne pouvait pleurer!

—Tout est fini! bien fini! s'écria-t-il après une longue méditation. Ma détermination est irrévocable. Mais le contempler encore une fois, rien qu'une! Une seule fois l'avoir dans mes bras, palpiter sous ses caresses, et puis, mourir après!… oui, mourir après! répéta-t-il à voix basse en passant dans le cabinet.

Un Baril était posé au milieu. Il décrocha une hache, enfonça ce baril, d'où s'échappèrent des flots de liquide. De même fit-il dans chacune des chambres; ensuite il ouvrit un placard du premier étage, le placard était rempli de matières inflammables. Il prit une boîte de poudre, la répandit dans la pièce de manière à ce que la traînée communiquât, d'un côté, avec le placard, de l'autre à une mèche. Il mit le feu à cette mèche.

Ensuite, il sortit de la maison en fermant la porte à double tour.

Aux clartés lugubres d'un effroyable incendie, qui dévora toute la rue de la Douane, Arthur Lancelot, commandant des Requins de l'Atlantique, et Charles Lancelot, son prétendu cousin, le perfide secrétaire du gouverneur de la Nouvelle-Écosse, quittèrent Halifax sur la cutter Wish-on-Wish.

IV