CLOTILDE DE GRANDFROY
Dans la matinée du 5 décembre de la même année, par un temps clair et froid, le Wish-on-Wish partit de la baie au Renard en se dirigeant vers la baie Prinsta. Il y arriva de bonne heure. Le commandant des Requins de l'Atlantique en sortit. Il n'était point masqué, et portait un costume de femme qui lui seyait à ravir.
Il s'avança péniblement vers la maison où Bertrand du Sault était prisonnier.
Il entra en tremblant. A la vue du capitaine, les gardiens du captif se retirèrent.
Bertrand avait tressailli, mais sans paraître surpris.
Le commandant se jeta à ses genoux, et étendit vers lui des mains suppliantes:
—Oh! dit-il, Bertrand, Bertrand, pardonnez-moi, je vous aimais, je vous aime tant! Ne me détestez pas, et si vous le voulez j'abandonnerai cet exécrable métier…
—Relevez-vous, madame, répondit froidement le jeune homme; je ne vous fais pas l'honneur de vous détester… je vous méprise!
Ces paroles furent prononcées avec un geste et un accent de dédain si profond que la jeune femme y lut immédiatement sa condamnation irrévocable!
—Promettez-moi au moins de ne pas épouser madame Stevenson, reprit-elle d'une voix brisée.