L'endroit était ravissant. Aussi avait-il la prédilection des doux jeunes gens.
Des arbres séculaires, reliés par des buissons de houx impénétrables, et des acacias aux épines acérées, l'environnaient de mystère en le protégeant contre les regards indiscrets. On y arrivait par un étroit sentier dérobé, perdu dans un fouillis de végétations sauvages, épaisses et repoussantes.
Avant d'aboutir à l'Oasis,—ainsi le frère et la soeur avaient-ils dénommé leur Éden,—le sentier se tordait comme un écheveau de fil, et fatiguait le non-initié par des méandres qui paraissaient inextricables.
Mais à l'extrémité de ce labyrinthe quel dédommagement!
Un vaste réservoir, dont les rives sont émaillées de fleurs chatoyantes et odoriférantes; des ondes limpides, diaphanes ainsi que le cristal, où se jouent, à travers les larges feuilles du nénuphar, aux corolles blanches et jaunes, des poissons qui brillent comme le diamant, chaque fois qu'un rayon de soleil effleure leurs écailles.
De la musique enchanteresse que font sous la feuillée les fauvettes, les chardonnerets et le roi des ténors ailés, l'oiseau moqueur, pourquoi parler? Mais, comme le gazouillement du ruisseau qui frétille là-bas, sur une cascatelle, avant de tomber dans sa vasque d'émeraude, est donc argentin! comme il charme l'oreille! endort la mélancolie! Que ces gazons sont frais! Que ces centenaires de la forêt ont de séduction avec leurs troncs noueux, habillés de lierre; leurs longs rameaux chargés de gui, avec la pénombre qu'ils étendent mollement à leur pied! Que l'on aime à suivre ces fleurs d'acacia, sveltes carènes détachées de la tige, sillant le petit lac en tous sens au gré de la brise!
Le kiosque de l'Oasis s'élevait au sommet même de la cataracte en miniature, sur une voûte formant grotte jetée en travers du ruisseau. Il était rustique comme un chalet suisse, vêtu de mousse des pieds à la tête, et n'avait qu'une pièce.
C'était une chambre octogone tendue de nattes de jonc et garnie de banquettes en canne.
Une table, une bibliothèque composée avec goût, voilà pour le mobilier. On s'était bien gardé d'y mettre une pendule, une horloge, ou quoique ce soit qui rappelât la marche du temps.
—Oh! dit Emmeline en embrassant son frère, comme c'est bon de te sentir près de moi!