Grande, mince, élancée, Emmeline avait des proportions admirables, dont un élégant déshabillé faisait merveilleusement ressortir les beautés. Ses cheveux étaient blonds comme l'or, ses yeux—contraste saisissant—noirs comme le jais.

Des traits corrects, un teint ordinairement rose, des extrémités fines, nerveuses, une physionomie de race achevait d'en faire à l'extérieur une femme entièrement séduisante.

Pour le caractère, elle était languissante, molle comme une créole; mais impérieuse comme elle, à certains moments; comme elle aussi dure, opiniâtre, inflexible.

Ce caractère n'avait pas, du reste, reçu tout son dessin. Il offrait des lignes indécises, noyées, que le feu des passions n'avait pas encore accentuées, mais qu'il ne tarderait pas à creuser, à mettre en relief.

Bertrand était tout l'opposé de sa soeur, au physique comme au moral.

Si elle avait les cheveux blonds, il les avait châtains foncés; si elle avait les yeux noirs, il les avait d'un bleu d'azur. Quoique pâli par la maladie, son visage était rond, plein; une de ces figures dont le peuple dit: «C'est une figure de bon enfant.»

Sans manquer de distinction, il était loin de posséder le galbe et le maintien aristocratiques d'Emmeline.

Elle semblait la fille d'une duchesse, en présentait la grâce, la fierté innée; lui, le fils d'un parvenu, en montrait la tournure et le naturel un peu vaniteux.

Ce gui ne l'empêchait pas de passer, à Halifax, et d'être en somme un jeune homme de bon ton et de manières excellentes. Si j'étais commère, j'ajouterais qu'avant l'arrivée d'Arthur Lancelot, il était le point de mire des plus riches et des plus nobles héritières.

—Mais, reprit-il, comment se fait-il qu'on n'ait pas attendu davantage, qu'on ne m'ait pas saigné avant de m'ensevelir?