—Ce que c'était, pour moi, chère Emmeline, c'était la plus agréable, sensation que j'eusse éprouvée jamais; je renaquis; la circulation de mon sang se rétablit. Je fus inondé d'un bien inexprimable, dont je jouissais voluptueusement sans vouloir me bouger, sans en avoir même l'idée, tant j'étais heureux, tant je me complaisais au sein de ces délices nouvelles.
—Égoïste! dit la jeune fille en souriant.
—Une brusque secousse, accompagnée de tortures dans tout le corps, comme si on me l'eût broyé à coups de massue, m'arracha à ce paradis.
—C'était les résurrectionnistes qui t'enlevaient.
—Alors je ne songeais qu'à mon martyre. Mon cerveau était toujours en feu, un véritable chaos incandescent. Mes yeux demeuraient fermés. Un froid glacial m'enveloppa subitement. Je discernai des voix humaines autour de moi. Une force indépendante de ma volonté m'obligea à me lever. Je m'en souviens parfaitement, je fis quelques pas. Le vertige me prit…
—Grâce à Dieu, il y avait là quelqu'un pour te venir en aide, mon Bertrand; car ces poltrons d'étudiants s'étaient sauvés à qui plus vite, en te voyant ressusciter!
—Ah! ne te moque pas d'eux, Emmeline. Je leur dois une reconnaissance éternelle.
—C'est-à-dire, fit la jeune fille, en rougissant, que cette reconnaissance tu la dois à M. Arthur.
—Qu'est-ce que M. Arthur aurait fait si…
—Mon cher frère, je vais te confier un secret; mais promets-moi de n'en point parler à notre ami, car il ignore que je le sais.