Emmeline poussa un petit cri d'effroi et devint rouge comme un coquelicot.

—Oh! vous nous avez fait peur; c'est mal à vous de surprendre ainsi vos amis, dit-elle en tendant la main au comte Arthur Lancelot, qui paraissait sur le seuil du kiosque.

Il était de moyenne stature, mais il avait la taille d'une élégance féminine, qui se dessinait avec grâce sous son gilet de piqué blanc à boutons d'or ciselés.

Ses cheveux noirs, soyeux, bouclés, frisaient naturellement autour de son col; quoiqu'il portât vingt-cinq à vingt-sept ans, son visage était complètement imberbe. La couleur brune de son teint ne nuisait pas à l'expression un peu sévère de sa physionomie: correctes et onduleuses, les lignes de cette physionomie devenaient dures et tourmentées lorsqu'une passion l'agitait. Alors ses grands yeux fauves s'animaient d'un insoutenable éclat. Il avait les mains fines, nerveuses, délicates, hâlées comme ses joues. Mais, un hasard découvrait-il son poignet, on était surpris de la blancheur lactée de sa peau, que nuançait un réseau d'azur.

Il était vêtu d'un paletot de soie grise et d'un pantalon en étoffe semblable.

Une cravate bleue, négligemment nouée, flottait sur sa poitrine.

A la main droite il tenait un jonc, dans la gauche un chapeau de paille à larges ailes.

En entrant, il jeta son chapeau et sa canne sur la banquette.

—Suis-je donc indiscret? dit-il, en déposant un baiser respectueux sur la main de mademoiselle du Sault.

—Mais vous savez bien que telle n'est pas notre pensée! répondit-elle.