—Monsieur Lancelot, vous devez vous battre…

—Mademoiselle…

—N'essayez pas de nier, je sais tout. Du reste, je serai franche avec vous; je sens que la franchise est la seule excuse de ma manière d'agir. Je vous ai épié et j'ai surpris votre conversation avec le capitaine Irving; si, à présent vous voulez savoir pourquoi je vous ai épié, je vous dirai…

Sa voix s'attendrit; un déluge de larmes lui coupa la parole.

Ce qu'elle n'acheva point, le comte le devina, et avec un tact, dont elle le remercia aussitôt par un regard, il lui dit:

—Je ne vous demande point, mademoiselle, pourquoi vous m'avez surveillé. Quelles que soient vos raisons, elles sont d'un noble coeur je voudrais… mais ne parlons plus de cela. J'imiterai votre franchise; oui, je dois me battre, à la pointe du jour!

Emmeline se prit à trembler au bras du jeune homme.

—Rassurez-vous, cependant, reprit-il, en souriant. Le combat aura lieu au sabre. C'est une arme qui m'est familière. Je puis dire, sans vanité, que je n'y ai point encore trouvé mon égal, par conséquent…

—Mais un hasard, monsieur!

—Oh! dit-il gaiement, le hasard est une divinité à laquelle je rends un culte trop absolu, pour qu'elle me fasse défaut à l'heure du péril. Plaignez plutôt mon adversaire, chère Emmeline.