—C'est assez! c'est assez! l'honneur est satisfait, messieurs, dirent les témoins.

—Non, non, je veux découdre le ventre de ce morveux, hurla Irving, qui avait ramassé son sabre et revenait furieux sur Lancelot.

—Je vous croyais plus fort, dit tranquillement le jeune homme.

Ces mots poussèrent à son comble l'exaspération du capitaine.

Il se précipita comme un fou sur le comte, frappant à droite, à gauche, en avant, sans règle ni mesure, et négligeant les feintes pour évoluer autour d'Arthur et faire tourbillonner sa lame sur la tête du jeune homme.

Mais partout il trouvait l'arme de Lancelot, au-devant de la sienne; partout une défense froide, sûre, qui déjouait et fatiguait ses attaques.

C'était un beau, un terrible spectacle.

Le capitaine haletant, le visage enflammé, la bras droit sans cesse en mouvement, le corps s'agitant en tous sens, tournant avec une célérité fiévreuse, et prenant son adversaire dans un cercle de fer éblouissant.

Arthur ferme, calme, l'oeil perçant toujours en éveil, ne bougeait pas de place. Il pivotait sur ses pieds, il paraissait ne point vouloir prendre de détermination agressive, quoiqu'il ne perdit pas une des fautes d'Irving.

Sa grâce, la facilité de son jeu, la souplesse de ses phrases, et son impassibilité, quand la plus légère inattention, un clignement des yeux, lui pouvait être fatal, tranchaient d'autant mieux qu'Irving, déjà épuisé, la respiration sifflante, le poignet appesanti commençait à ferrailler lourdement en poussant des cris rauques.