MADAME HARRIET STEVENSON
Nous avons dit qu'en entendant un bruit de pas dans l'allée, madame
Harriet Stevenson était rentrée dans sa chambre.
En une seconde, elle eut quitté son peignoir et se fut pelotonnée dans son lit.
Vivement émue, elle prêta une oreille attentive. Mais les battements désordonnés de son coeur neutralisaient tous les efforts qu'elle faisait pour écouter. Peu à peu, cependant, le sang cessa de courir précipitamment dans ses veines; elle se calma; sa frayeur se dissipa. Elle se releva, promena autour d'elle un regard timide, et marcha sur la pointe des pieds, vers la fenêtre.
La nuit était claire, sereine. Les yeux d'Harriet plongèrent dans les avenues sans rien distinguer qui la pût inquiéter. Tout paraissait tranquille au dehors; seuls les feuillages élevaient leurs voix frémissantes doucement balancés par la brise du matin.
—C'est singulier, se dit madame Stevenson; je suis pourtant bien sûre qu'on a marché dans le jardin… Ah! qu'est-ce que j'aperçois!… Non, ce n'est rien, une erreur de mes sens, si j'osais, je sortirais… maintenant, je ne pourrais dormir… Appelons Kate.
Elle agita une sonnette.
Au bout de cinq minutes, une jeune servante, à la mine effrontée, se montra.
Elle tenait d'une main un fichu à moitié croisé sur sa poitrine, et de l'autre un jupon, qu'elle n'avait pas eu le temps d'attacher.
—Qu'y a-t-il, madame? dit-elle en bâillant.