Celui-ci en fut tellement surpris que sa main trembla, et le trait mortel, déviant du but, passa à quelques lignes du capitaine.
—Kougib! s'écria Dubreuil, se précipitant en trois bonds sur l'assassin.
L'Esquimau se sauva. Mais le Français avait le jarret solide, il attrapa son meurtrier, le saisit par le capuchon de sa jaquette. Un seul effort de Kougib mit en deux le vêtement, dont une partie resta entre les mains du capitaine, qui tomba à la renverse.
—Ah! scélérat, tu ne m'échapperas pas! proférait-il en se relevant lestement.
Mais le Groënlandais avait gagné du terrain.
Dubreuil n'aurait pas réussi à l'atteindre de nouveau; il eut recours à son arc, qu'il portait sur le dos au moment de l'attaque. Il avait l'oeil aussi sûr que le poignet. Sa flèche frappa Kougib entre les épaules.
La douleur arracha un cri au sauvage.
Cependant, il continua sa course. Mais le sang coulait abondamment de sa blessure. Ses forces diminuaient. Bientôt le frisson circula dans ses veines; ses jambes chancelaient. Il s'arrêta, tourna la tête. Innuit-Ili fondait sur lui.
Kougib pensa que sa dernière heure était proche; mais il avait encore assez de vigueur pour vendre chèrement son existence, sinon pour perpétrer enfin l'horrible vengeance qu'il méditait depuis la mort de Pumè.
Se laissant choir sur le dos, comme s'il était épuisé, sous lui il cacha une flèche, et repoussa son carquois et son arc, afin d'ôter toute méfiance à son adversaire.