Là, ils remarquèrent qu'ils n'avaient point, de canots et qu'une distance de plusieurs portées du flèches les séparait du navire. Ils tinrent conseil. Pendant la consultation, Dubreuil et Triuniak apportèrent sur les deux ponts toutes les flèches, toutes les lances et tous les harpons dont ils pouvaient disposer.
Le Groënlandais avait eu, un instant, le dessein de se rendre sans coup férir, mais Guillaume s'y refusa net.
—Plutôt mourir cent fois, dit-il hardiment, que de se livrer à la merci de cette horde de coquins, commandés probablement par Kougib, qui les aura ameutés contre nous. Ah! j'ai été un sot de ne pas l'achever, quand je le tenais entre mes mains. Triuniak, si tu désires me quitter, il en est temps encore. Mais moi je me défendrai jusqu'à mon dernier soupir.
—Te quitter, mon fils! répondit l'Uski indigné; imagines-tu que j'abandonnerai jamais un ami dans le danger? Mais pourrons-nous résister à cette bande? Elle nous écrasera!
—Nous ne succomberons pas sans lui avoir laissé des gages mortels de notre valeur! répondit le capitaine d'un ton fier. Ah! ajouta-t-il à mi-voix, si j'avais seulement une arquebuse, je me moquerais d'une centaine de ces gredins…
—Si nous leur faisions des signes de paix? objecta encore le
Groënlandais.
—Cela ne servirait de rien. N'est-il pas évident, Triuniak, qu'ils en veulent à notre vie? Tiens, ils se sont jetés à l'eau et nagent vers nous. Tout à l'heure, ils se hisseront sur ce glaçon qui touche notre bâtiment et tenteront d'en escalader les bords.
—Ce u'est pas encore fait, mon fils! s'écria l'Indien.
—Comment s'y opposer?
—Suis mon exemple.