Il prit, en même temps, une forte lance, en appuya un bout sur le glaçon, et, pressant sur l'autre extrémité, parvint à repousser le vaisseau à cinq ou six pieds, dans l'eau libre.

La Toutou-Mak se trouvait ainsi entourée d'une sorte de fossé naturel qui augmentait les difficultés de l'approche.

—Je veux, reprit Triuniak, ne rien tenter contre ces gens, avant d'être bien certain qu'ils sont nos ennemis.

Dubreuil haussa les épaules.

Fichant alors un morceau de phoque à la pointe de sa lance, le Groënlandais l'éleva devant les Esquimaux, qui n'étaient plus guère qu'à une encablure du bâtiment.

Le plus avancé mettait le pied sur le glaçon. A cette proposition de faire chaudière, c'est-à-dire de venir banqueter en bons amis, il répondit en lançant une flèche à Triuniak.

L'arme retomba à cinquante pas du but. Mais ce fut le signal du combat. Tour à tour les Esquimaux abordèrent le glaçon, en lâchant des hurlements affreux, et, pêle-mêle, ils coururent à la goélette.

—Mon fils, dit froidement alors le Groënlandais, nous pouvons commencer. Tuons! tuons! car, quand nous serons pris, il n'y aura pas de pitié pour nous. Mais, avant tout, cache un couteau dans ton capuchon.

—Qu'en ferai-je?

—J'ai été à la guerre, mon fils, à la guerre contre les Indiens-Rouges, répliqua Triuniak avec orgueil; je connais les ruses du métier. Un couteau trouve toujours son emploi. Si nous sommes faits prisonniers, tu t'applaudiras peut-être d'avoir obéi à ma recommandation.