—Ah! je me sens mieux! fit Dubreuil.

—Peux-tu marcher?

—Non, père, mais restons ici. Il me semble que le bruit des Uskimé a cessé.

—C'est-à-dire qu'il est dominé par celui du ruisseau. Non, il ne faut pas demeurer ici. L'endroit est fréquenté. Je distingue sur la neige des traces de pas. Nos poursuivants ne manqueront pas de venir se désaltérer à cette onde. Allons, en route!

Il le remit sur son dos, franchit le ruisseau et s'enfonça de nouveau dans le bois. Le sol montait. Des fragments de rochers et des glaçons épars sur la pente rendaient l'ascension difficile. Au bout d'un quart d'heure, le Groënlandais fat obligé de faire une halte.

—Je te fatigue trop, père, dit Dubreuil. Laisse-moi maintenant. Et, s'il y a encore du danger, va-t'en. Tu as fait pour ton fils tout et plus que tu ne devais faire.

—Innuit-Ili, je ne te quitterai point. Nous camperons ici jusqu'au jour, et Triuniak veillera sur loi.

—Tu ne veux donc pas m'écouter? tu ne penses donc plus à ta fille qui aura besoin de tes services?

—Je pense à mon fils que je tiens, que je possède, avant de penser à ma fille dont j'ignore la destinée, répondit l'Indien.

—Ah! tu es pour moi le meilleur des pères! Comment pourrai-je jamais m'acquitter de toutes les obligations…