—Je te l'ai dit, tu m'apprendras à connaître et à honorer le Dieu de ta race, Innuit-Ili, répliqua Triuniak en l'étendant doucement sur un tapis de gazon.

Accablé par la fatigue et la perte de son sang, le capitaine Dubreuil s'endormit aussitôt, sous la garde vigilante de son libérateur, qui, assis près de lui, les coudes appuyés sur tes genoux, la tête dans les mains, passa la plus grande partie de la nuit l'oreille aux aguets.

Un peu avant le point du jour, le Groënlandais éveilla Dubreuil.

—Mon fis se sent-il moins affaibli?

—Oui, dit Guillaume, en se levant et en essayant de faire jouer ses membres engourdis.

—Eh bien, attends-moi en ce lieu.

—Où vas-tu, père?

—Je serai de retour avant que le soleil soit sur l'horizon, répliqua
Triuniak, en descendant vers le vallon.

Parvenu à l'orée de la clairière, il s'arrêta, écouta et examina les environs à la faveur de l'aube naissante. Ne découvrant personne, il tailla dans les pans de sa casaque quelques fines lanières, en fit de menues cordes, et les disposa en collets, qu'il alla tendre le long du ruisseau. Puis il rentra sous bois et se tint à l'affût.

La nature s'animait. La brise frémissait harmonieusement à la cime des arbres, les oiseaux printaniers commençaient leur chant matinal, et de fréquents frôlements dans le feuillage annonçaient que le gibier revenait de son viandis. Des lièvres, des lapins, des marmottes et jusqu'à de beaux caribous passaient et repassaient, à chaque instant, sous les yeux de Triuniak, jouaient insolemment sur l'herbe, sautaient et ressautaient le ruisseau et paraissaient se moquer, à qui mieux mieux, de ses piéges. Impatienté par leur nargue, il allaita la fin se précipiter, le couteau à la main, sur deux magnifiques élans eu train de s'ébattre sur la pelouse, quand un chevrillard, dont ils étaient accompagnés, dévala en gambadant la rive du ruisseau et se prit par le cou dans un des engins. La pauvre bête poussa un cri plaintif et chercha à se débarrasser du fatal collet.