[Note 22: C'est une coutume généralement répandue parmi les Indiens de l'Amérique septentrionale de couper le nez aux femmes adultères. Voir les Chippiouais.]

»Malgré la fermeté de sa résolution, le coup avait ébranlé son esprit. Son coeur, il l'avait d'abord donné entièrement à Shanandithit, et quand la blessure causée par sa perte fut cicatrisée, il avait aimé Avolalia de toutes ses forces. Il pouvait se vanter d'être indifférent aux trahisons des femmes; on pouvait le croire; mais son stoïcisme n'était qu'apparent. Sous cette surface de marbre, la douleur avait planté ses racines indestructibles.

»Un des plus vaillants guerriers de sa tribu, il était accessible aux émotions comme une femme, malgré le précepte, malgré l'exemple. Il tomba dans une noire mélancolie. Une ou deux chasses malheureuses achevèrent de le persuader qu'il était devenu un objet de déplaisir pour ses Manitous, et que la fortune ne lui sourirait plus jamais.

»Plein de cette idée, il prit l'étrange détermination d'aller se livrer à ses ennemis les Mic-Macs pour apaiser la colère du Grand-Esprit.

»Parvenu à leur village, il ne vit personne. Il entra dans une loge, où deux femmes causaient. Elles lui demandèrent ce qu'il voulait. Sans répondre, il s'assit en un coin, la tête dans les mains, attendant l'arrivée de quelque guerrier, par les armes duquel il pût mourir honorablement.

»Les femmes lui réitérèrent leurs questions, mais sans pouvoir arracher une parole de ses lèvres. Voyant qu'il était impénétrable, elles l'abandonnèrent à lui-même et poursuivirent leur conversation. Ah! avec quelle terreur elles se seraient enfuies, si elles avaient su à quelle tribu il appartenait! Mais, supposant qu'il était Mic-Mac, elles n'en eurent aucune crainte. Par leur entretien, il apprit que les hommes du village étaient allés à la chasse, avec la plupart des femmes, et qu'ils ne reviendraient que le lendemain.

»Kouckedaoui avait là une occasion unique de se venger de ces Mic-Macs qui lui avaient ravi son épouse aimée, sa chère Shanandithit. Cependant, il dompta les impulsions de son tempérament indien. Il n'était pas venu pour tuer, mais pour donner sa vie: il resta fidèle à sa résolution.

»Dès le matin, le jour suivant, un guerrier mic-mac parut dans la loge. Les femmes lui montrèrent leur hôte silencieux et l'informèrent de sa conduite étrange.

»—Qui es-tu? demanda le nouveau venu.

»—Je suis un homme; sache-le, Mic-Mac, répondit le Faucon. Je suis Boethic. Mon nom est Kouckedaoui. Tu as entendu parler de moi. Les flèches des tiens ont percé plusieurs de mes amis. Mais je les ai bien vengés. Vois, je porte sur ma tête dix plumes d'aigle. Maintenant, le Maître de la vie veut que je meure. C'est pourquoi je suis venu ici. Frappe donc, et délivre ta tribu, de son plus grand ennemi.