»Le courage parmi les sauvages, comme la charité par les civilisés, fait pardonner une multitude de fautes. Le guerrier mic-mac regarda l'Indien Rouge avec une admiration mêlée de respect. Il leva sa massue comme pour frapper. Mais Kouckedaoui ne broncha point. Aucun de ses nerfs ne trembla, ses paupières ne vacillèrent pas. L'arme tomba de la main qui la tenait, et le Mic-Mac s'écria, en déchirant son vêtement:

»—Non, je ne tuerai pas un homme brave, mais je montrerai que mes gens sont des hommes aussi. Je ne serai pas surpassé en générosité. Frappe-moi toi-même, et sauve-toi.

»Le Faucon déclina l'offre et insista pour être la victime. Ils firent ainsi, pendant quelque temps, assaut de magnanimité, puis échangèrent une poignée de main en signe d'alliance.

»—Tu es surpris que je parle ta langue, dit le Mic-Mac; mais apprends que ma mère était de ta race et que moi-même j'ai épousé ta propre femme!

»—C'est toi qui m'as enlevé Shanandithit!

»—Oui, et je te la rendrai.

»—Mon frère, je n'aurai pas de présent assez grand pour te récompenser! s'écria le Faucon vaincu par cet excès de libéralité.

»—Tiens! la voici qui arrive. Reprends-la. Je te la donne, quoique je l'aime. Mais je veux que nous demeurions frères.

»A ce moment, Shanandithit, qui revenait avec la bande des Mic-Macs, se jeta dans les bras de Kouckedaoui.

»D'abord les Mic-Macs le voulurent arrêter, retenir en captivité. Mais son nouvel ami raconta comment il était venu au village, avait épargné les femmes et les enfants, quand il pouvait les massacrer impunément, et ajouta qu'il offrait de négocier la paix entre les deux tribus.