—Kouckedaoui a retrouvé Shanandithit. Malachiteche le savait. Ouaïche le lui avait appris dans un songe. Malachiteche mourra. Ah! malheureuse! malheureuse! malheureuse!

Au contraire, les autres squaws, averties de la nouvelle, faisaient entendre des chants de joie.

Guillaume fut conduit à une tente, ainsi que ses bateliers.

Elle était formée avec de longues perches, écartées d'une vingtaine de pieds par le bas et réunies par le faite autour d'un cercle étroit. Cette charpente avait pour couverture des peaux d'orignaux, ornées de dessins à l'ocre rouge. Un rideau de parchemin tenait lieu de porte.

L'intérieur du wigwam était tapissé de pelleteries. Au centre, trois grosses pierres composaient le foyer.

Après s'être restauré et reposé, Dubreuil sortit pour examiner le campement. Mais il ne remarqua d'abord que des enfants, qui prirent la fuite à son approche, et des chiens d'une espèce magnifique. Ils avaient au moins quatre pieds de long, non compris la queue soyeuse en panache, trois de haut, le pelage onduleux noir ou blanc, ou moucheté de ces deux couleurs. Leur noble tête respirait l'intelligence, quoique le museau, d'un rouge sanglant, annonçât des instincts cruels. Une poitrine large, des membres vigoureux donnaient une haute idée de leur force, et leurs doigts palmés indiquaient qu'ils étaient aussi propres à nager, à pêcher, qu'à courir et à chasser.

C'était cette belle espèce de chiens qui, sous le nom de Terre-Neuve, a été introduite en Europe depuis un siècle et y a rendu tant de services. Il serait même à souhaiter qu'elle y fût multipliée. «Nous n'en voyons aucun individu sur les bords de la mer, de nos grandes rivières, de nos lacs et de nos étangs, où cependant, chaque année, il périt tant d'enfants et de bateaux, les secours ordinaires y étant toujours tardifs et souvent impossibles», dit judicieusement l'auteur du Nouveau Dictionnaire classique d'histoire naturelle[28].

[Note 28: Ce même auteur pense que le chien de Terre-Neuve est le «produit d'un dogue anglais» (à poil ras!) «et d'une louve indigène» (à poil court et rude!). Quelle erreur! «L'on assure, ajoute-t-il, qu'il n'existait point lors des premiers établissements de l'Europe moderne!» Autre erreur, non moins grossière. L'espèce canine a, de toute mémoire, été nombreuse en Amérique, où elle pullule depuis l'Océan glacial jusqu'au Pacifique, et depuis l'Atlantique jusqu'au cercle polaire. Les premiers explorateurs européens l'y ont trouvée, et le terre-neuve n'est et ne peut être considéré que comme une variété du chien esquimau.

«Le terre-neuve, écrit John Mac-Gregor, dans sa British America, est un animal célèbre et utile bien connu. Ces chiens sont remarquablement dociles et obéissants à leurs maîtres; ils rendent de grands services dans tous les établissements de pêcherie; on les attelé par paire et on les emploie à charrier les provisions de combustible pour l'hiver. Ils se montrent doux, fidèles, caressants, amis sincères de l'homme; au commandement ils sauteront du plus haut précipice dans l'eau et par le temps le plus froid. Leur voracité est remarquable, mais ils peuvent endurer (comme les aborigènes du pays) la faim pendant un espace de temps considérable. On les nourrit ordinairement avec les rebuts du poisson salé. La race véritable est devenue rare; on la rencontre difficilement. Ils atteignent à une taille supérieure à celle d'un mâtin anglais, ont une fourrure épaisse, fine, et de couleur variée; mais la noire, qui est la plus recherchée, domine. Le chien, à poil soyeux et court, si admiré en Angleterre comme chien de Terre-Neuve, quoiqu'il soit un animal utile et sagace, hardi et fort amoureux de l'eau, est un croisé. Il semble cependant avoir hérité de toute les qualités de l'espèce véritable. Convenablement domestiqué et éduqué, un chien de Terre-Neuve défendra son maître, grognera quand une autre personne parlera durement à celui-ci, et ne l'abandonnera jamais dans le danger. A l'état sauvage, cet animal chasse en meute. Alors, il est féroce et semblable au loup par ses habitudes. Il aime beaucoup les enfants et s'attache aux membres de la maison à laquelle il appartient. Mais il nourrit souvent une forte antipathie pour un étranger ou ceux qui, en badinant, lui lancent des bâtons ou des pierres. Il n'attaquera pas un chien de taille inférieure, ne se battra pas avec lui; mais il gronde après les roquets hargneux et les jette de côté. Les chats peuvent jouer avec lui, et même se coucher et dormir sur son dos. Mais il est l'ennemi des moutons et n'hésite jamais à les tuer, pour en boira le sang, non pour les manger. Quand il a faim, il ne se fera aucun scrupule de dérober une volaille, un saumon, un morceau de viande. Cependant, il gardera une carcasse de boeuf ou de mouton appartenant à son maître, en éloignera les autres chiens et n'y touchera jamais.

»Les terre-neuve se battent courageusement avec les chiens de leur taille et de leur force. Ils s'élanceront aussitôt dans un combat d'autres chiens pour rétablir la paix. Ces animaux sont vraiment si sagaces qu'il ne leur manque que la parole pour se faire tout à fait comprendre, et ils sont susceptibles d'être dressés aux exercices auxquels sont employées presque toutes les autres variété» de l'espèce canine.»]