En ce peu de temps, ses traits avaient subi une altération profonde. Ses joues, si fraîches naguère, étaient pâles, creuses, ses yeux caves, cernés d'un cercle noir, sa figure émaciée, allongée; sa taille s'était inclinée comme s'incline la fleur sous la tempête; tout en la pauvre affligée exprimait la souffrance morale et physique portée à son point extrême.

Ses yeux ne quittaient pas le rivage opposé à celui où les guerriers avaient atterri. Ils contemplaient avec une passion fiévreuse les cataractes mugissantes, et un léger canot, qui se balançait à une portée de flèche en amont.

Cependant, les acclamations, les cris d'allégresse retentissaient au lieu du débarquement.

Kouckedaoui se dirigea immédiatement vers sa tente, suivi de Triuniak, de Shanandithit, et de Dubreuil accouru à sa rencontre. Une nombreuse troupe d'hommes et de femmes les accompagnait, en remplissant l'air de leurs chants de triomphe.

Seul le chef était triste. Un nuage couvrait son front.

Toutefois, il marcha d'un pas ferme à Malachiteche, et lui toucha l'épaule.

La jeune squaw se retourna. Elle avait les paupières humides de larmes.

—Ah! je sais, dit-elle d'une voix entrecoupée et en baissant la tête.

—Malachiteche, tu fus ma femme, tu ne l'es plus, prononça Kouckedaoui d'un ton brusque.

—Pourquoi mon mari la renvoie-t-il? intervint Shanandithit. Je le prie de la garder. L'en aimerons-nous moins parce que nous serons deux? Non, au contraire. Il sera mieux soigné, son festin sera plus tôt prêt, et jamais sa couche ne sera solitaire.