—Mon frère se trompe. Il ne connaît pas le coeur de Kouckedaoui, repartit l'Indienne, en secouant la tête d'un air convaincu de l'exactitude de ce qu'elle avançait.

—Dans quel but la répudierait-il? fit Dubreuil: Shanandithit serait-elle jalouse?—Certes, elle n'en aurait pas tout à fait le droit, ajouta-t-il intérieurement.

Et, songeant aux nombreux accrocs que la première épouse du chef avait dû faire à la fidélité conjugale, durant sa vie passablement risquée, le capitaine se mit à sourire.

—Shanandithit n'est pas jalouse, mais Kouckedaoui a déclaré que s'il avait le bonheur de la posséder encore, il ne voudrait plus qu'elle pour épouse, à moins qu'une autre femme ne lui eût donné un fils, et Kouckedaoui tiendra sa parole.

La cause du désespoir de Malachiteche, en apprenant le retour de
Shanandithit, était maintenant assez évidente et assez plausible.

Dubreuil retourna rêveur à sa tente. Il ne pouvait s'empêcher de déplorer le sort de la belle sauvagesse, que les préjugés de sa race condamnaient désormais au déshonneur.

Huit jours s'écoulèrent, sans ramener les Indiens-Rouges, et sans que le capitaine revît Malachiteche.

Elle restait enfermée dans sa tente, n'y voulant admettre personne, et l'on disait, au camp, que la pauvre femme ne prenait plus aucune nourriture.

Enfin, un messager annonça l'approche des Boethics, qui débarquèrent effectivement, le lendemain, sur l'île des Grandes-Cascades.

Toutes les femmes, parées de leurs plus beaux atours, allèrent, sur la grève les recevoir:—toutes, à l'exception de Malachiteche. Vêtue aussi de ses plus riches pelleteries, de ses magnifiques bracelets de coquillages, et d'un collier de rassade (verroterie), présent de noces de son mari, à qui des blancs t'avaient échangé contre des fourrures, la jeune femme attendit devant sa tente la venue de Kouckedaoui.