Debout dans le canot, le dos tourné au gouffre, la Malicieuse se mit à chanter d'un ton mélancolique, en fixant ses yeux sombres sur Kouckedaoui:

«Une nuée a couvert mes jours. Mes joies se sont changées en chagrins.

»La vie m'est devenue un fardeau trop lourd à porter, il ne me reste plus qu'a mourir.

»Le Grand-Esprit m'appelle; j'entends sa voix dans les eaux rugissantes. Bientôt, bientôt, elles se refermeront sur ma tête, et mon chant n'aura plus d'écho.

»Tourne ici tes regards, chef orgueilleux. Tu es intrépide au combat, et tous font silence quand tu parles dans les conseils. De près tu as vu la mort, et tu n'as pas eu peur.

»Tu as bravé le couteau et la hache, et le trait de ton ennemi a passé près de toi sans te faire trembler.

»Tu as vu tomber le guerrier. Tu l'as entendu prononcer des paroles amères en exhalant son dernier soupir.

»Tu l'as vu scalper, encore vivant, par son ennemi, brûler à petit feu sans proférer une plainte.

»Mais l'as-tu jamais vu oser plus que ce que va faire une femme?

»On vante beaucoup tes exploits. Vieux et jeunes répètent tes louanges. Tu es l'étoile qu'admirent les jeunes gens, et ton nom résonnera longtemps sur la terre.