»Mais, en racontant tes prouesses, les hommes diront: «Il a aussi tué sa femme!» La honte jaillira sur ta mémoire.
»Un jour, pendant ton sommeil, une bête féroce allait t'égorger, je l'ai mise à mort. J'ai récolté pour toi les fruits des forêts, je t'ai fabriqué des vêtements et des mocassins.
»Quand tu as eu faim, je t'ai donné à manger, et quand tu as eu soif, je t'ai apporté de l'eau fraîche.
»Si tu m'as commandé quelque chose, ne t'ai-je pas obéi sans murmurer?
Kouckedaoui, qu'as-tu à me reprocher?
»Je n'ai point d'enfant. Ah! est-ce là la raison? Kouckedaoui, tu es ingrat. Mais, va, j'aime mieux mourir… même que de vivre sous ta tente, avec une femme que tu me préférerais…»
La voix, qui avait été en s'affaiblissant par degrés, s'éteignit entièrement dans le fracas des eaux.
Les Boethics, hommes et femmes, demeuraient impassibles sur la rive.
Mais le bouillant, l'imprudent Dubreuil n'avait pu assister avec indifférence à ce suicide affreux. Sans réfléchir, sans calculer le danger, il s'était jeté dans le fleuve et nageait vers le canot, c'est-à-dire vers l'abîme!