Triuniak montra son côté. Le bouhinne alors s'approcha du malade en psalmodiant et en faisant des grimaces et des contorsions. Il souffla à plusieurs reprises sur la partie affectée, recula, et ficha en terre un bâton auquel pendait une cordelette, avec un noeud coulant dans lequel il passa sa tête, comme s'il se voulait étrangler.

Les grimaces, les contorsions, les incantations recommencèrent de plus belle, le jongleur, écumant et tout en eau, s'écria:

—L'Esprit malin est descendu! je le tiens!

Kouckedaoui s'empressa de traduire ces paroles à Triuniak.

—Oui, j'ai surpris Tchougis! il est là, enchaîné, poursuivit le magicien en montrant sa corde.

Et il donna l'ordre de faire entrer les Boethics qui entouraient la tente et attendaient avec anxiété le résultat de l'opération.

Ils accoururent en foule. Le sorcier coupa un bout de sa corde, déclarant que c'était le diable en personne. On se serait bien gardé de le contredire. Il jeta dans le feu le morceau de corde et annonça que Triuniak guérirait. Chacun des assistants fit alors des offrandes au bouhinne pour lui témoigner sa reconnaissance. Cependant, avant de se retirer, il étala les amulettes qui emplissaient son sac à médecine, parut les consulter très-sérieusement et ordonna au patient un bain de vapeur.

Le contenu de ce sac à médecine excita la curiosité de Dubreuil, qui avait remarqué que ceux des angekkok groënlandais ne renfermaient généralement que des griffes d'oiseaux et des dents de requin.

En voici l'inventaire:

1º Une pierre noire de la grosseur d'une noix, placée dans une boîte que le bouhinne appelait la maison de son Tchougis.