Triuniak s'était attaché l'autre extrémité autour de la ceinture, et de la flèche s'était fait une pique.

Kouckedaoui lui adressa un nouveau signal, puis il commença à remonter lentement le fleuve, suivi de Dubreuil et de quelques hommes pour le seconder, s'il était besoin. Le câble se tendit. Triuniak planta sa pique au fond de l'eau qui n'avait, sur les rapides, qu'une demi-toise environ de hauteur. Ensuite, il quitta la dangereuse attitude qu'il occupait contre le rocher; et, se soutenant à la pique, s'avança de profil, contre le courant, en lui offrant le moins de prise possible. A cet endroit, la surface réelle de la rivière atteignait tout au plus à sa poitrine. Mais telle était la violence des vagues, qu'elles bondissaient, à chaque instant, par-dessus sa tête, sans lui laisser le temps de respirer. Si le passage eût été long, il ne s'en serait jamais tiré vivant. Mais il n'avait qu'une vingtaine de pieds, après quoi l'eau redevenait profonde, on laissait les brisants derrière soi, et il n'y avait plus qu'à lutter contre un courant puissant, mais calme, pour gagner la plage.

Sorti de ce mortel défilé, Triuniak était hors de péril. Il se mit à nager, et, avec la corde, il fut halé sur la grève. Quelques minutes de plus, et l'on n'aurait ramené qu'un cadavre, car le pauvre homme, à bout de forces, avait le corps labouré des blessures qu'il s'était faites en se cramponnant aux angles du rocher.

On le transporta dans une tente, où Dubreuil pansa ses plaies et lui donna tous les soins que réclamait sa pitoyable condition, pendant que les Indiens-Rouges se reposaient, par un brillant assaut de gloutonnerie, des fatigues ou des émotions que leur avait produites cette mémorable matinée.

Sur le soir, le bouhinne des Boethics vint avec Kouckedaoui visiter le malade.

—Mon frère, dit le chef, servant d'introducteur et d'interprète au premier, voici notre médecin qui te guérira.

—Je n'ai aucun présent à lui faire, répondit Triuniak.

—Moi, je lui donnerai pour toi ce qu'il demandera.

—Mon frère, tu es bon.

—Où sens-tu le mal? continua Kouckedaoui.