L'arc était une arme de siège, aux proportions colossales.
Un frêne, garni de nerfs d'animaux sauvages pour augmenter sa force et son élasticité, en formait le bois, et la corde avait été tressée avec des barbes de baleine. Il fallut six hommes pour bander ce gigantesque instrument.[30]
[Note 30: Recherches sur les antiquités de l'Amérique, par D.-B.
WARDEN.]
Quand il fut prêt, Kouckedaoui prit une flèche, y attacha la corde qu'on lui avait apportée, et fit à Triuniak un signe que le Groënlandais comprit sans doute, car il lâcha un moment le rocher du bras droit, et agita ce bras en l'air, pour montrer qu'il en pouvait disposer.
La longue et forte ligne, en filaments d'écorce et tendons de bêtes fauves, fut convenablement levée sur le sol, Kouckedaoui ajusta sa flèche et la décocha.
Dirigé par une main sûre, le trait alla tomber à quelques pieds derrière Triuniak, en entraînant la corde, que les flots chassèrent aussitôt contre le Groënlandais.
—Il est sauvé! s'écria Dubreuil, enchanté de la réussite de cet expédient, auquel il n'aurait probablement pas songé.
—Mon frère a trop de feu dans le sang, fit le chef indien de son ton froidement railleur.
—Eh! repartit Guillaume avec vivacité, ce que je ressens, joie ou douleur, je le montre!
—Mauvais! mauvais! marmotta le sauvage, en roulant à son poignet l'extrémité de la ligne.