Plein de cette idée, Dubreuil s'élança sur les pas du fugitif, en animant son chien du geste et de la voix. Mais Dieppe qui, contrairement à ses habitudes, n'avait ni grondé, ni paru surpris à la voix de l'étranger, Dieppe ne courut pas plus vite que son maître.
—Ah! une piste, s'écria celui-ci, en tombant sur un sentier frayé, qui débouchait près du petit lac.
Il s'y enfila, et toute la journée redoubla d'ardeur, sans toutefois pouvoir parvenir à rejoindre l'être qu'il poursuivait.
Le lendemain, il était debout avant l'aurore et continuait sa route avec la certitude qu'il ne tarderait pas à arriver à un lieu habité, car la piste s'élargissait et se montrait de plus en plus battue, à mesure qu'il avançait.
Enfin, vers midi, il découvrit un lac auquel des mamelons verdoyants formaient une charmante ceinture, et sur le bord méridional de hautes palissades entourant un amas considérable de cabanes.
Peu de minutes après, Guillaume Dubreuil serrait dans ses bras Toutou-Mak, la fille de Kouckedaoui, et, pour la millième fois, murmurait à son oreille enivrée le doux mot:
Nisakia-kia (je t'aime).
XVIII
LE FOU
Le principal oudenanc ou village des Indiens-Rouges contenait plus de cent maisons, chacune occupée par quinze ou vingt habitants. Ces maisons, appelées mumatiks par des indigènes, étaient construites en forme de de tonnelle, avec une charpente de pieux, tapissée intérieurement et extérieurement d'écorces de bouleau. Des trous ménagés dans la voûte livraient passage à la fumée. Elles avaient deux portes, une à chaque extrémité, et plusieurs fenêtres avec des carreaux de parchemin. Devant les portes, on voyait des perches auxquelles pendaient des chevelures sanglantes et un petit puits rond ou ovale de quatre pieds de profondeur; doublé d'écorce, lequel servait de garde-manger.