Après d'ineffables et trop rapides instants consacrés au bonheur de se revoir, de ces instants où les yeux, les menues syllabes ont une si émouvante éloquence, où cent questions commencées sont interrompues par cent autres, où l'abondance du coeur porte, coupe, arrête et précipite la parole sur les lèvres, Dubreuil, assis bien près de Toutou-Mak, ses mains caressant la main frémissante de la jeune Indienne, lui demanda:

—Dis-moi, amie, par quelle bonne fortune tu es revenue ici?

Sa voix tremblait, car il craignait que son amante n'eût été victime de la brutalité de Kougib.

—Tu te souviens, répondit-elle, sans hésiter, que vous partîtes pour la chasse avec Triuniak?

—Oh! oui. Je n'aurais jamais dû te quitter. Un pressentiment me le commandait. Maudit soit ce jour!

—Peu après, reprit Toutou-Mak, un soir que je revenais de chercher des racines de tugloronets dans le bois, Kougib se jeta sur moi et m'enveloppa la tête dans une peau de renne, pour étouffer mes cris.

—Le scélérat!…

—Puis, continua-t-elle, il me chargea sur ses épaules et m'emporta vers la côte.

—Je m'en doutais, murmura Dubreuil, en se serrant contre elle.

—Là, il me déposa sur la glace, m'enleva le bâillon qui me suffoquait, et me menaça de mort si je bougeais.